Là où la difficulté commence !
Lever 6 heures pour Bando. A la gare JR tout était écrit en japonais mais le préposé aux tickets m’a bien renseigné. A Bando, j’ai demandé mon chemin et au final je suis arrivé au premier temple. J’ai pris mon attirail de pélerin: la veste, le bâton, le chapelet, le sac pour les dons, le guide en anglais, les ofuda à distribuer.
J’ai fait beaucoup de kilomètres cette première journée. Je me suis parfois trompé de chemin mais j’ai toujours retrouvé où aller grâce des personnes qui m’ont beaucoup aidé. Il y a eu ce couple en voiture qui m’a donné à boire, un motocycliste qui m’a donné son guide en japonais car il a vu que je m’étais trompé de route, j’avais pris celle des véhicules à moteur, plus difficile pour les pélerins à pied. Pendant que j’écris ces lignes devant le septième temple, des gens se sont arrêtés pour voir si j’allais bien et ils m’ont donné de l’argent. Au sixième temple, j’ai vu un vieux monsieur qui m’a demandé d’où j’étais. Je l’avais déjà croisé aux temples précédents. Quand je lui ai dit que j’étais français, il a commencé à me parler en français. On a un peu discuté et je lui ai offert des flocons d’Ariège et à la fin il m’a offert un livre en japonais de Jun’ichirō Tanizaki L’éloge de l’ombre. Il m’a dit que ce serait pour le jour où je lirai couramment en japonais. Il s’appelait Takane Suzuki.
Au quatrième temple, un moine m’a proposé de joindre son groupe pour la récitation des sûtras. Après on a discuté sur le pourquoi et le comment du pélerinage, et sur ce qu’il avait fait à St Jacques de Compostelle. Il m’a donné sa carte si jamais.
Je pensais dormir au septième temple mais à priori ce n’est pas possible. Fermé à ce qu’il paraît. J’ai voulu manger quelque chose mais même réponse, fermé. Un type est sorti du petit resto et a vomi toutes ses nouilles dehors. Très plaisant ! Il est allé faire un tour et est venu discuter avec moi. A la fin il m’a proposé de venir dormir chez lui. Il parlait anglais. Arrivé chez lui car je ne voulais pas me priver d’une occasion de bien dormir, ses parents n’ont pas apprécié que je sois là, pélerin ou pas. Leur fils était saoûl (je précise, il a 51 ans). Je me suis excusé et je suis retourné au septième temple.
Un type est venu me dire qu’il y avait moyen de dormir au sixième temple et je me suis refais le trajet. C’est au niveau de la porte principale dans la pièce où il y a la cloche. Pas moyen de dormir là. Il fait trop chaud. Je repars donc au septième temple et je dors sur les bancs de l’aire de repos.
Tout cela me fait réfléchir. J’ai une grande difficulté à communiquer et je me prive sûrement de certaines occasions. Mes épaules me font souffrir, le soleil est implacable et j’ai pris un coup de soleil. Je n’ai pas vraiment bien dormi et niveau nourriture c’est très galère pour trouver quelque chose. En deux jours j’ai beaucoup bu de boissons vitaminés mais j’ai bien peu mangé. J’avais prévu de faire le pélerinage jusqu’à vendredi mais dans ces conditions, ce serait de la folie de continuer. Je suis donc reparti sur les routes non pour faire d’autres temples mais bien pour rentrer sur Kyoto.
Dans le train du retour j’ai croisé trois pélerins américains, le père et ses deux enfants. Le père parlait français et vivait à Tokyo. Il était adorable. Je lui ai parlé de mes difficultés et n’a pu que me conseiller de rentrer. A ce moment là, j’aurai eu envie de partir avec eux et de continuer mais dans mon état, ce n’était pas possible.
De cette expérience brève mais intense, j’en retire pas mal de choses. Je ne pensais pas être aussi endurant physiquement: j’ai tremballé un sac d’une dizaine de kilos sur des sentiers de randonnée pendant des heures sous le soleil sans trop de souci hormis un mal d’épaule et un coup de soleil. Ensuite lorsque je referai le pélerinage je le ferai à vélo et/ou accompagné et surtout en parlant un minimum japonais.
Je n’ai pas pris de photo car c’était galère d’en prendre avec mon bâton dans une main et les cartes dans l’autre.



























































